LES MARINS DE L'EMPEREUR
Comte Louis Thomas VILLARET DE JOYEUSE
(Auch, 29 mai 1747 - Venise, 24 juillet 1812)

Né à Auch dans une famille de la noblesse gasconne, il fait ses études au collège jésuite de cette ville. En 1763, il entre dans les gendarmes de la Maison du Roi, il démontre ses aptitudes au commandement. Hélas, lors d'un duel pour l'honneur, il tue son adversaire, et doit quitter ce corps d'élite.
Il est alors obligé de s'engager dans la marine comme volontaire, en 1765, et apprend ce nouveau métier durant de nombreux embarquements.
De 1766 à 1770, il fait campagne aux Antilles, et ses qualités en font quelqu'un de très apprécié de ses chefs ; il est d'ailleurs nommé enseigne de vaisseau en 1768.
Lieutenant de vaisseau en 1773, il est alors embarqué sur la frégate Atalante, avec laquelle il fait plusieurs campagnes dans les mers des Indes. En 1778, il est à terre, à Pondichery, quand les Anglais viennent y mettre le siège. Sa bravoure et son talent ayant largement contribués à la défense de la ville, il obtient alors le grade de capitaine de brûlot.
En 1781, il se retrouve dans l'escadre de Suffren. Ce dernier l'apprécie et lui donne, après le combat de Gondelour, le commandement de la frégate La Bellone et le grade de capitaine de frégate. Il passe ensuite sur la frégate la Dauphine, puis devient commandant en second du vaisseau Le Brillant.
En 1782, Suffren en fait son aide de camp. Il reçoit alors une mission impossible : éviter les anglais pour prévenir la division bloquant Madras (2 vaisseaux et 2 frégates) qu'une escadre anglaise venait sur eux pour les anéantir : "Sans doute serez-vous pris en allant ou en revenant, tirez-vous de cette situation comme vous pourrez, mais battez-vous bien!". Il part alors avec une petite frégate, la Naïade, et, au bout de 4 jours de navigation, tombe sur un vaisseau anglais de 64 canons, le Sceptre. Trop éloigné de Madras, il refuse le combat et se rapproche des hauts-fonds du rivage, où ne peut le suivre le lourd vaisseau anglais. Arrivé enfin près de Madras, il engage un combat inégal contre son poursuivant. Le combat dure 5 heures, et il n'amène son pavillon que lorsque son navire a pris plus de 2,4 m d'eau dans la cale... Le commandant anglais refusera de lui prendre son épée : "Monsieur, vous nous donnez une bien belle frégate, mais vous nous l'avez fait payer bien cher!" . Capturé, il peut cependant être fier d'avoir accompli sa mission : le bruit du combat a alerté la division française qui a pu lever l'ancre et éviter la destruction. Il est échangé en juin 1783, et retrouve un commandement à la mer; Suffren le tient alors en haute estime.
En juillet 1783, il est fait Grand Croix de l'ordre de Saint Louis par Louis XVI. Cette distinction est la plus haute et prestigieuse de l'époque. Il devient capitaine de vaisseau en 1784. En 1789, il prend le parti de ne pas émigrer, à l'instar de d'Estaing ou de Latouche-Tréville. En 1790, il part pour Saint-Domingue, puis revient en France. Le 14 mars 1792, il prête le serment civique et se lie ainsi à la République, alors que son frère décide lui d'émigrer. Il vit pleinement la débandade de la marine, dont la situation devient vite catastrophique : magasins vides, soldes non payées, désarmement de navires et arrêt des constructions, plus d'administration, etc... En juin 1793, la discipline est ramenée parmi les marins mutinés de Brest à l'aide de la guillotine. Le 16 novembre 1793, il est promu contre-amiral et commandant en chef de la flotte, en remplacement de Morard de Galles, comme lui ancien officier de Suffren, qui a été destitué... par son équipage, las de naviguer!
Villaret entreprend de recréer une escadre cohérente. Il ouvre à Lorient une école de canonnage. Le 17 mai 1794, il prend la tête d'une escadre composée de 23 vaisseaux et 16 frégates, avec pour mission d'aller au devant d'un convoi de 170 navires marchands chargés de grain en provenance des Etats Unis. Ce convoi est vital, car la famine menace en France. Au large, l'amiral Howe l'attends, avec 33 vaisseaux bien équipés et préparés. C'est bel et bien une mission sacrifice qui est une fois de plus donnée à la marine... Le contact avec les Anglais est pris dès le 28 mai, mais les ordres sont d'éviter l'engagement avant d'avoir retrouver le convoi. Les français se dérobent donc, perdant un vaisseau au passage. Le 1er juin, le combat est devenu inévitable, et les français se mettent en ligne de file bien formée. Mais les anglais ne l'entendent pas de cette manière : ils se forment en quatre colonnes, et viennent tronçonner la ligne française. Très vite, le combat devient une mêlée où l'inexpérience de nos navires les empêchent de se battre efficacement. C'est le fameux combat du 13 prairial An II. Un vaisseau de 80 canons français, le Scipion, se rend sans avoir combattu : son équipage s'est rebellé contre son commandant! Les canonniers du Vengeur du Peuple, navire qui deviendra pourtant le symbole du sacrifice, se trompent de cible et tirent sur le vaisseau amiral de Villaret, le 118 canons La Montagne! Le combat cesse vers 19 heures, et les français parviennent à quitter la scène, éclopés mais encore debout. Ils laissent pourtant derrière eux près de 5.000 morts et blessés (1.150 pour les Anglais), 4.000 prisonniers, et ont perdu 7 vaisseaux. Villaret aura pourtant réussi à limiter les pertes, venant dégager lui-même avec la Montagne les vaisseaux de 74 Indomptable et Tyrannicide, qui se sont défendus héroïquement !

Cette défaite est cependant un succès, car l'objectif est atteint : l'escadre anglaise, fortement éprouvée par le combat, a dû se retirer, laissant la voie libre pour le convoi. Villaret est toutefois de plus en plus excédé de l'état misérable dans lequel continue de plonger la marine, et fini par donner sa démission. Il se dirige alors vers la politique, se faisant élire au conseil des 500 par le département du Morbihan, en 1797. De là, il continue à dénoncer l'état de cette marine à laquelle il demeure attaché. Mais le 4 septembre, il doit abandonner ce poste, rattrapé par sa noblesse et certaines de ses amitiés royalistes. Il évite la déportation en Guyane, mais se voit assigné à résidence dans l'île d'Oléron, où il reste plus de trois ans.
En 1801, il rentre à nouveau en grâce, et reçoit un nouveau commandement à la mer : la France à changé de chef, et Bonaparte sait s'entourer de gens compétents, quelles que soient leurs origines. Il participe ainsi à l'expédition de Saint-Domingue en 1801, à la tête des forces navales, 12 vaisseaux partis de Brest. En avril 1802, il est nommé capitaine général de la Martinique et de Sainte-Lucie, revenues à la France lors du traité d'Amiens. Il les gouverne jusqu'en 1809, date de sa capitulation face à une puissante attaque anglaise : il n'a que quelques milliers d'hommes à opposer à 11.000 adversaires.
De retour en France, il est blâmé et disgracié, en dépit de ses protestations. La réhabilitation viendra de Napoléon lui-même, de façon éclatante : "Le courage et la fidélité plaident en faveur du vice-amiral... Ses fautes ont-elles fait perdre la colonie ? Elles ont tout au plus abrégé de quelques jours la durée de sa conservation..." Villaret est alors nommé commandant de la IVe région militaire, poste qu'il n'occupera pas longtemps car il reçoit la charge de gouverneur général de Venise. Il s'y éteint de maladie le 24 juillet 1812.
Napoléon, désirant honorer ce grand marin, fera inscrire son nom sur l'Arc de Triomphe.
Retour au menu précédent