LES MARINS DE L'EMPEREUR

 

Robert SURCOUF

(Saint-Malo, 12 décembre 1773 - 8 juillet 1827)

        Matelot à treize ans, le futur "roi des corsaires" apprend la mer en temps de paix sur des bâtiments de commerce. En 89, il réalise ainsi son premier voyage vers les Indes, où il se montre aussi doué dans l'art de la navigation que dans celui du tir au fusil et au pistolet, ou encore le maniement du sabre d'abordage.

        Devenu officier pour sa belle conduite lors d'un naufrage, il rentre à Saint-Malo en janvier 1792, et découvre les changements politiques survenus en France. Il repart en août sur un brick de commerce vers l'île de France. Arrivé sur place, il apprend que la guerre a éclaté avec l'Angleterre et que la navigation commerciale est devenue quasiment impossible. Alors que l'île de France est menacée par deux vaisseaux du commodore Osborn (un 60 et un 54 canons), il embarque sur la frégate la Cybèle en qualité de second. Avec 2 frégates et un brick, les français vont repousser les Anglais, alors qu'ils n'ont pas la moitié de leur puissance de feu ! Surcouf a vécu son premier combat, et est un des héros du jour.

        En 1795, il répond à l'offre de deux armateurs de l'île de France qui veulent armer en course un petit brick. Il prend ainsi le commandement de l'Emilie, 30 hommes et 4 canons, avec lequel il enlève 4 bâtiments ennemis, dont le Triton, bâtiment de la Compagnie des Indes de 26 canons et 150 hommes, et deux bâtiments chargés de riz et de maïs qui arrivent à l'île de France alors en proie à la famine... Ainsi  lorsqu'il revient à Port Louis, en mars 1796, il est acclamé en véritable sauveur. Un différent avec le gouverneur de l'île le pousse à rentrer en France pour faire valoir ses droits. Sa réputation l'y a précédée, et le conseil des Cinq Cents lui donne raison.

        En 1798, il arme un nouveau brick, le Clarisse, 18 canons et 105 hommes, et appareille en août pour l'océan Indien. Il arrive à l'île de France en décembre, après avoir capturé deux bricks anglais et deux portugais. Il repart aussitôt, et pousse l'audace jusqu'à aller capturer 2 navires de commerce devant le port de Soo Soo (Sumatra), aux mains des Anglais. Le 11 novembre, il capture un 3 mâts anglais de 20 canons, l'Auspicious, dont la cargaison vaut plus d'un million de francs. Il échappe de peu à la capture dans le Golfe du Bengale, ne distançant la Sibylle de 56 canons et 622 hommes qu'en jetant à la mer 8 de ses canons. Il rentre alors à l'île de France, capturant encore au passage 1 brick anglais et un navire de commerce américain. Il est devenu le héros de l'île, et fait désormais partie de l'imagerie populaire, incarnant l'honneur du pavillon français... Son navire en réparation, il profite de l'arrivée d'un magnifique corsaire en provenance de Bordeaux pour se faire engager à son bord. Les armateurs sont heureux de lui offrir le commandement de la Confiance, 18 canons et 150 hommes d'équipage. En mars, il repart écumer les mers des Indes.

        Le 7 octobre, dans le Golfe du Bengale, un navire de la Compagnie des Indes le reconnaît et fonce sur lui. C'est le Kent, 40 canons et 400 hommes soutenus par une troupe de fusiliers marins. les Anglais tirent un coup de semonce, et sont complètement pris au dépourvu lorsque Surcouf et ses hommes, après d'habiles manœuvres, réussissent à se rapprocher et à passer à l'abordage ! A 3 contre 1, les Anglais, médusés, sont submergés : 70 morts et blessés, dont leur capitaine, contre 20 aux français. La prise est belle, et l'accueil à l'île de France est triomphal. Surcouf repart en croisière...

Combat de la Confiance contre le Kent

        A Londres, ses exploits sont désormais reconnus. Dans la presse britannique, son nom est associé à une grande humanité envers les prisonniers, et une très grande discipline de ses équipages. Ce qui n'empêche pas la prime offerte à sa capture de grimper à 5 millions de francs...

        Riche mais pourchassé par les Anglais, il finit par rentrer à La Rochelle le 13 avril 1801, déjouant toutes les croisières ennemies, pourtant prévenues de son arrivée. Il se transforme alors en homme d'affaire averti, et fait fructifier son bien.

        A la rupture du traité d'Amiens, il est convoqué par le Premier Consul. Il se voit offrir le grade de capitaine de vaisseau et le commandement de 2 frégates dans l'Océan Indien. Flatté et tenté, il finit par refuser, ne pouvant obtenir d'être indépendant du commandement local. Il conseille cependant à Bonaparte de se lancer dans la guerre de course. A la fin de l'entrevue, les deux hommes, qui s'estiment beaucoup, se serrent la main, et Surcouf reçoit la Légion d'Honneur le 18 juillet 1804.

        A partir de 1804, devenu très riche, Surcouf devient armateur à Saint-Malo et équipe à ses frais 14 navires en dix ans. Ses résultats sont moins heureux que lorsqu'il était lui-même aux commandes de son navire: 4 de ses bateaux se font capturer et 5 campagnes sont déficitaires...

        En 1807, Surcouf décide de reprendre du service, et repart vers l'océan Indien le 2 mars, sur le 3 mâts barque le Revenant, 20 canons (dont 14 de 32 et 6 de 8!), qu'il a fait construire suivant ses directives : doublé et goujonné en cuivre, il file 12 nœuds, ce qui est remarquable. Il arrive à l'île de France en juin, avec déjà quelques prises faites en chemin, et après avoir déjoué le blocus Anglais. Fêté comme il le mérite, il retrouve des colonies dans un état de dénuement total. Le courant ne passe pas avec le nouveau gouverneur, Decaen, mais il part en croisière dans le Golfe du Bengale. Les bâtiments Anglais se rendent maintenant sans combattre, dès qu'ils reconnaissent son navire! Il revient à l'île de France le 31 janvier 1808. Vieilli, il décide de rester à terre s'occuper de ses affaires et laisse la suite à son second et cousin, Joseph Potier, qui, en deux croisières, va ramener à l'île de France une vingtaine de prises dont un grand transport portugais de 34 canons et 230 hommes, le Conceçao.

        Decaen, jaloux de ces succès, décide alors de réquisitionner Le Revenant pour la défense propre de l'île, ce qui provoque une violente altercation entre les deux hommes. Surcouf rachète la frégate la Sémillante -que Decaen avait réquisitionnée à l'escadre Linois sans avoir les moyens de l'entretenir, et qu'il ne peut plus réparer. Il la rebaptise Le Charles, et s'en sert pour rentrer en France. Le retour de Surcouf en métropole fait encore l'objet d'une altercation avec Decaen, et débouche sur la confiscation des biens que possède le corsaire dans l'océan Indien. Cet épisode peu judicieux de la part du gouverneur le prive de la présence de cet excellent marin, qui aurait peut-être influer sur la future chute de l'île face aux Anglais. Sans compter que l'objet de la dispute, le Revenant, devenu l'Iéna, est capturé par les Anglais en octobre 1808... et repris par la frégate la Bellone du capitaine de Vaisseau Duperré deux ans plus tard.

        Le 4 février 1809, Le Charles arrive en France avec une cargaison de près de 8 millions de francs... Surcouf se précipite à Paris, où il est reçu par Decrès. Celui-ci transmet à l'Empereur un rapport très élogieux sur le corsaire. Surcouf est reçu par Napoléon qui le félicite de ses victoires et le fait baron d'Empire. Napoléon annulera en 1810 la confiscation de ses biens décrétée par Decaen.

        En janvier 1814, il est nommé colonel de la garde nationale de Saint-Malo. Bien que profondément attaché à l'Empereur, son bon sens l'empêche de le rallier en 1815 lors des cent-jours.

        Lorsqu'il s'éteint, en 1827, il est devenu un vrai sujet de légende par son audace folle, sa gaieté, son énergie, sa courtoisie aussi. Il a infligé au commerce anglais des pertes considérables, capturant 47 navires en 3 campagnes et 50 mois de croisière.

 

(Synthèse d'après Surcouf, titan des mers, de M. HERUBEL)

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