LES MARINS DE L'EMPEREUR

 

Charles René MAGON de MEDINE

(Paris, 12 novembre 1763 - Trafalgar, l'Algésiras, 21 octobre 1805)

        Issu d'une grande famille de Saint Malo, le jeune Charles René entre en septembre 1777 comme aspirant garde marine, à Brest. Son père, gouverneur des Mascareignes, meurt en 1778 et lui lègue sa propriété de Médine, en Ile de France, et il prend alors le nom de Magon de Médine.

        En 1778, il embarque sur la Bretagne, et participe à la bataille d'Ouessant, le 27 juillet, qui oppose les forces de l'amiral d'Orvillier à celles de l'anglais Keppel. En 1779, il rejoint le Saint Esprit, commandé par Du Chaffault, et fait à son bord la campagne de la Manche.

        En 1780, il est promu enseigne de vaisseau, et sert aux Antilles, sur le Solitaire, dans l'escadre de Guichen. Il participe aux trois combats livrés par ce dernier à l'escadre anglaise de Rodney au large de la Dominique, les 17 avril, 15 et 19 mai 1780. En août 1781, il passe sur le Caton de l'escadre de de Grasse, et combat à la Chesapeake le 20 août, puis à Saint-Christophe en janvier 1782 et aux Saintes le 12 avril. Il est fait prisonnier le 19 avril, et sera libéré à la fin 1782. Il embarque alors sur le Marseillais.

        En avril 1783, il embarque sur la Surveillante et part pour l'Océan Indien. Il y restera 15 ans.

        En avril 1786, il est promu lieutenant de vaisseau, et prend le commandement de l'Amphitrite, réoccupe avec elle l'île de Diego Garcia, puis fait l'hydrographie des Seychelles. En avril 1788, il embarque comme second sur la Dryade, avant de prendre le commandement de la Minerve, en juin 1791, puis de la Cybèle, en novembre 1792.

        Après une mission de ravitaillement à Pondichery, il est arrêté comme suspect à son retour à Port Louis. Il est rapidement libéré, et devient aide de camp du gouverneur général des Mascareignes, Monsieur de Malartic.

        Après la déclaration de guerre à l'Angleterre, en janvier 1793, il rejoint la division du capitaine de vaisseau Renaud, forte de 3 frégates (frégates Cybèle et Prudente, corvette Coureur). Le 22 octobre 1794, ces trois navires vont attaquer deux vaisseaux anglais, le Centurion et le Diomède, qui faisaient le blocus de l'île de France, et les forcer à se retirer !

        En janvier 1795, il est promu capitaine de vaisseau, et commande par intérim - jusqu'à l'arrivée de Sercey - les forces navales françaises en Océan Indien : 3 frégates et 1 corvette ! Il sera de toutes les campagnes de Sercey en Océan Indien, de juin 1796 à décembre 1797.

        En janvier 1798, il commande les frégates Vertu et Régénérée, avec lesquelles il escorte un convoi de deux vaisseaux espagnols qui rentrent en Europe. Il repoussera deux attaques anglaises : celle de la frégate Pearl en Guinée, le 24 avril 1798, et celle de la frégate Brillant, le 27 juillet. Arrivé en Europe, il sera récompensé par les Espagnols, et conduira ses frégates à Rochefort où elles sont désarmées.

        De retour en France, il est victime d'accusation politiques sans fondement. Appuyé par l'amiral Bruix, il est affecté au bureau des colonies et prend part aux travaux de réorganisation de la Marine. Il est nommé chef de division en septembre 1799, et prend le commandement d'une division à Saint-Malo.

        En juin 1801, il prend le commandement du vaisseau l'Océan, avant de basculer sur le Mont-Blanc en août, vaisseau avec lequel il participe à l'expédition de Saint-Domingue, sous les ordres de Villaret de Joyeuse et de Latouche-Tréville. Il est nommé contre-amiral en mars 1802, sur recommandation de Villaret de Joyeuse.

        Suite à la reprise de la guerre contre la Grande-Bretagne, le 18 mai 1803, il devient le second de Bruix, amiral choisi pour commander la flottille d'invasion. Magon est plus particulièrement chargé du site de Boulogne, les autres subordonnés de Bruix étant Verhuell à Flessingue et Emeriau à Ostende.

        En juillet 1804, l'Empereur, alors en inspection à Boulogne, décide de passer une revue de la flottille en pleine mer. Bruix s'y oppose, prétextant l'arrivée imminente d'une forte tempête. Napoléon passe outre, et Magon est directement chargé de faire exécuter le mouvement. Il obéit, et le coup de vent qui se lève bientôt provoque la perte de 30 navires, et, officiellement, de 31 noyés.

        Le 16 août 1804, il reçoit les insignes de commandeur de la Légion d'honneur, lors de la cérémonie ayant lieu à Boulogne. Entre septembre et décembre 1804, il repousse, avec Lacrosse, toutes les tentatives anglaises de l'amiral Keith et de Sir Popham visant à incendier et à détruire la flottille.

        Le 18 mars 1805, Bruix meurt d'épuisement. Il est remplacé par Lacrosse. Magon est alors désigné pour commander une division à Rochefort. Il y  commande les vaisseaux Algésiras et Achille. Il part alors pour les Antilles, où il doit rejoindre l'escadre de Villeneuve, ce qu'il fait à Fort-de-France, le 4 juin 1805. Le 22 juillet 1805, il est à l'arrière garde lors du combat des 15-20.

        Le 21 octobre 1805, à Trafalgar, il est sur l'Algésiras, à la pointe de l'escadre d'observation commandée par l'amiral espagnol Gravina. Attaqué par l'escadre de Collingwood, il revêt son uniforme de gala, et porte son baudrier doré, cadeau des espagnols pour avoir ramené les deux vaisseaux marchand en Europe, en 1798. "Je le donnerai - dit-il à ses hommes - à celui qui montera le premier à l'abordage d'un Anglais."

        Alors que le vaisseau anglais Tonnant tente de passer sur l'avant de l'Algésiras, le capitaine de pavillon de Magon, Tourneur, engage son mât de beaupré dans les haubans de l'anglais et se prépare à ordonner l'abordage. Mais ses hommes, rassemblés à l'avant du bâtiment, sont fauchés par des tirs à mitraille du Colossus et du Bellerophon, venus en renfort. Magon est blessé, d'une balle dans le bras, puis d'un éclat de bois dans la cuisse. Refusant de se faire soigner, il reste diriger le combat. Après 5 heures de lutte, il est tué d'une balle en pleine poitrine. Son navire, démâté, est pris à l'abordage par le Tonnant, après avoir perdu 300 hommes, dont 100 tués et 15 officiers.

        Magon, toujours élégant et raffiné, jouissait d'une excellente réputation, "acquise par des preuves soutenues de talent et de bravoure", comme le disait l'amiral Bruix.

 

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